COMMUNIQUÉ DU COMITÉ EXÉCUTIF DE LA PFIR
Mai 2026
À propos de l’objet de votation cantonale genevoise du 14 juin « Pour une expression non ostentatoire des convictions religieuses »
Plaidoyer pour une laïcité de l’Etat ouverte et respectueuse de la diversité des sensibilités représentées dans la population genevoise
La Plateforme interreligieuse de Genève (PFIR) s’engage depuis plus de 30 ans à valoriser dans notre canton un dialogue constructif entre les diverses religions, spiritualités et convictions. La laïcité est un moyen que s’est donnée notre République dans sa Constitution pour affirmer la neutralité de l’Etat en matière religieuse et permettre ainsi la paix civile dans la mesure où elle s’accompagne du droit fondamental qu’est la liberté de conscience et de croyance, elle aussi garantie par un article constitutionnel.
C’est pourquoi nous avons constamment rappelé que, pour le moins dans l’espace public, il n’y avait aucune raison de restreindre l’expression de cette diversité, que ce soit par des signes d’appartenance ou par le port de vêtements liés à une tradition culturelle ou religieuse particulière. Ceci a du reste été confirmé à plusieurs reprises par la jurisprudence cantonale, fédérale, voire européenne. Il en va de même dans des parlements qui rassemblent des représentant.e.s du peuple et qui ont été élu.e.s en connaissance de cause.
Nous regrettons donc que le peuple genevois soit appelé inutilement à se prononcer le 14 juin prochain sur ce sujet, alors que la Cour constitutionnelle genevoise avait invalidé en 2019 un article similaire qui avait été ajouté en dernière minute par une majorité du Grand Conseil dans la Loi sur la laïcité. Comme le disait l’arrêt de cette Cour les membres d’un organe législatif « n’ont pas vocation à représenter l’Etat mais la société dans son pluralisme… ». Et de préciser encore qu’un parlement doit « représenter différents courants d’opinions, y compris religieuses, qui se retrouvent dans la société, le rôle de l’Etat n’étant pas d’éliminer ce pluralisme mais bien de le consacrer pour qu’il se traduise dans la composition des organes législatifs. »
Nous restons convaincus que si cette proposition était acceptée par le peuple, elle serait à nouveau invalidée pour les mêmes raisons. Ce qui aurait pour conséquence de susciter un malaise sur le fonctionnement d’un Etat de droit qui ne sait plus respecter la séparation des pouvoirs et les décisions judiciaires qui en garantissent le fonctionnement. Par ailleurs ce genre de discussion ne permet pas d’atteindre la paix civile que veut permettre la laïcité de l’Etat.
La Plateforme interreligieuse de Genève appelle les autorités politiques, les responsables institutionnels et l’ensemble de la population genevoise à préserver une compréhension de la laïcité qui garantisse à la fois la neutralité de l’État et le respect de la diversité des convictions qui composent notre société.
Le Comité exécutif de la PFIR
Mohamed Levrak
Maurice Gardiol
Anne Carron
Hafid Ouardiri
Nathan Alfred
Oriana Brücker
Ines Ladewig Ott
Genève, le 29 mai 2026
